Note liminaire et Mimésis, par Michel Vinaver

THÉÂTRE

Note liminaire

Texte écrit dans les semaines qui ont suivi la destruction des « Twin Towers » de Manhattan. Écrit en anglais (plus précisément : en américain), sans doute en raison de la localisation de l’événement et parce que c’est la langue des paroles rapportées, provenant de la lecture de la presse quotidienne. L’adaptation française a été rédigée ensuite par l’auteur. 

La forme se rapproche de celle des cantates et des oratorios, se composant d’airs (à une, deux ou trois voix), de parties chorales (qui, dans la version française, restent dans la langue originale), et de récitatifs pris en charge par un « journaliste », fonction qui peut faire penser à celle de l’évangéliste dans les Passions de J.-S. Bach. 

« Qui parle ? » Le nom des personnages doit être entendu ou vu au même titre que les paroles prononcées.

Michel Vinaver, 11 septembre 2001 / September 11, 2001, L’Arche, 2002

 

Mimésis

September 11, 2001 est une imitation de l’événement qui s’est produit ce jour-là.

Imiter, l’art l’a toujours fait, depuis les bisons de Lascaux et d’Altamira jusqu’aux Passions de Bach et aux Matériologies de Dubuffet ; depuis Les Perses d’Eschyle jusqu’à La Guerre et la paix de Tolstoï et Playtime de Tati, pour ne citer que quelques œuvres que j’aime.

Avec September 11, 2001, j’ai plus littéralement imité que dans mes œuvres précédentes, où l’imagination intervenait davantage.

On ne peut pas imaginer à partir de l’événement du 11 septembre parce que l’événement passe l’imagination. Ce que j’ai essayé de faire, c’est le fixer.

Le monde entier ou presque a assisté à l’événement en direct. Le choc a été inouï, aveuglantes les réverbérations. Et puis des fleuves de commentaires, il le fallait, pour essayer d’y voir clair, et ce n’est pas fini.

Ce qui m’a motivé, c’est le besoin de fixer l’événement hors de tout commentaire, nu dans son immédiateté. Peut-être contre l’empâtement de la mémoire, contre le travail de l’oubli.

Réfléchir l’événement plutôt qu’y réfléchir.

Et le faire par l’invention (c’est là qu’elle intervient) d’un objet de parole en explosion, en implosion, imitant l’explosion des avions, l’implosion des tours. Paroles suivant le cas captées ou supposées de gens dans les avions, dans les tours, avant la mort ou rescapés, paroles des dieux (Bush, Ben Laden), écrits retrouvés des auteurs de l’attaque.

Texte publié à l'occasion de la création de September 11, 2001, mise en scène de Robert Cantarella (2006)
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