Petit parcours du combattant culturel

EDUCATION

 

Pour accompagner, et élargir, le programme des ateliers de pratique théâtrale, les chargées de projets de Citoyenneté jeunesse ont élaboré un parcours culturel et de réflexion aux élèves.

 

 

Suivant la démarche générale de l’association, ces parcours consistaient à faire se croiser différents regards sur un même thème: regards artistiques (théâtre mais aussi écriture, photographie, cinéma, danse, arts plastiques..), regards scientifiques (spécialistes des médias, ethnologue, sociologue, …), à alterner temps d’échanges et de réflexions au sein du lycée, et temps de découverte dans divers lieux culturels d’Ile de France. Ces parcours ont permis aux élèves de nourrir la réflexion et les questionnements que peuvent susciter un sujet aussi complexe, sans apporter de réponse toute faite… Chaque classe à ainsi rencontrer, en début du projet, l’ethnologue Mourad Hakmi, suscitant ainsi d’emblée une réflexion collective autour de l’évènement et de ses enjeux : Que s'est-il passé le 11 septembre 2001 ? Qu'est-ce que leur évoque cette date ? Quels souvenirs en conservent-ils ? Pourquoi cet événement a-t-il été vécu comme un tournant ? Quelles en sont les « séquelles », les conséquences aujourd'hui ? Qu’est ce qu’être musulman ? Qu’est ce que l’Islam ? Qu’est ce que la théorie du « choc des civilisations », ses enjeux politiques, ses limites, comment cette théorie réactive et alimente le fantasme du musulman fanatique et terroriste ? …

Pour la suite du parcours, nous nous sommes tourné vers les Arts vivants et les Arts plastiques. Aborder des questions citoyennes telles que l’engagement, la mémoire, la religion, par le biais de l’art permet aux élèves de s’en emparer plus facilement et d’ouvrir des perspectives. Assister à des spectacles de théâtre ou de danse portant sur des questionnements similaires, croiser les regards et les approches, rencontrer des comédiens, des metteurs en scène, des auteurs…leur a permis non seulement de nourrir la réflexion suscitée par le projet mais également de trouver leur place dans le projet dans son intégralité, de prendre pleine possession du texte de Michel Vinaver et des questions qu’il soulève, de mieux appréhender le travail fait avec les comédiens en atelier, le travail de mise en scène d’Arnaud Meunier et leur propre positionnement.

Il ne s’agissait pas pour autant de proposer dès le début de l’année un parcours clé en main commun aux trois classes, mais d’élaborer chacun d’entre eux en étroite collaboration avec les équipes enseignantes, de le réévaluer et le réadapter en cours d’année en fonction des questions émergentes dans chacune des classe. Certaines sorties et interventions ont ainsi été communes, d’autres ont été spécifiques à chaque classe. Le choix des spectacles (4 ou 5 par classe pendant l’année) s’est fait en fonction d’axes discutés avec les enseignants : découvrir différentes formes de théâtre, voir comment d’autres artistes ont pu aborder des thématiques similaires dans leurs textes ou sur le plateau, etc.  Les élèves de Noisy-le Grand ont par exemple assisté à une représentation de Pornographie de Simon Stephen au Théâtre de la Colline, pièce qui traite des attentats de Londres en 2005, ceux de Bondy sont allés voir Elf, la pompe Afrique  de Nicolas Lambert au Grand Parquet, une pièce traitant de l’embroglio politico-judiciaire de l’affaire de pots- de-vin qui a éclaté lors du procès d’Elf, la classe d’Aulnay-sous-Bois a assisté au Forum culturel, Blanc Mesnil, au Théâtre des opérations du chorégraphe Christian Bourigault, qui aborde la question des mécanismes de domination et des difficultés de l’individu pour résister à la loi des groupes.. Il semblait par contre important que toutes les classes puissent voir en spectateurs le travail de mise en scène d’Arnaud Meunier, en assistant à une représentation du Problème de François Bégaudeau, au théâtre du Rond Point ou à Marigny, de même que d’organiser pour les trois classes une rencontre au sein de leur lycée avec l’auteur de pièce.

Nous avons organisé, dans chacun des établissements scolaires, la venue de Michel Vinaver. Il était fort important qu’une rencontre, un dialogue puissent se nouer entre l’auteur et les lycéens, autour du texte bien sûr, mais aussi à partir de ce que l’écriture même suscite d’interrogations et de réflexions. Un auteur contemporain, à la rencontre de groupes de lycéens travaillant son texte pour l’incarner sur scène, était une formidable opportunité pour affirmer la présence du théâtre et de son écriture, dans l’environnement immédiat de la pensée des lycéens.

Enfin, notre rôle a consisté à offrir à l’ensemble des élèves la possibilité de mettre en lumière le travail réalisé en dehors des atelier de pratique : exposition, clips vidéos, photographies, textes écrits par les élèves, lors d’une présentation d’une première étape du travail théâtral, au Forum du Blanc Mesnil au mois d’avril.

Ce parcours culturel avait plusieurs objectifs. D’une part, il s’agissait d’amener les élèves à voir différentes formes de théâtre, afin de leur permettre d’expérimenter la posture de spectateur et d’enrichir ainsi le travail mené en atelier avec la compagnie par un va et vient entre les deux rôles, celui de comédien et celui de spectateur. D’autre part, il s’agissait de les aider à réfléchir les thèmes abordés dans la pièce de Michel Vinaver, qu’ils puissent appréhender les répercussions de l’événement 11 septembre sur le monde d’aujourd’hui, en débattre, et saisir, non seulement le sens du texte, mais aussi son actualité et les enjeux à le porter sur une scène de théâtre. Enfin, il s’agissait de proposer ce parcours à l’ensemble des élèves de chaque classe, en incluant les élèves qui ne participaient pas ou plus aux ateliers de pratique théâtrale, et ce sur la durée de l’année scolaire, pour en faire un vrai projet de classe.

Aujourd’hui, l’aventure n’est pas terminée, afin de poursuivre ce parcours de spectateurs, les élèves impliqués dans le projet, continuent d’assister à des spectacles grâce à des abonnements offerts par le Théâtre de la Ville et Citoyenneté Jeunesse. Ils verront trois spectacles de la nouvelle saison : « Can we talk about this ? » par la Cie DV8, un concert de l’Argentin Tomas Gubitsch et « Victor ou les enfants au pouvoir » mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota.

Le chemin vers l’art est tout éclairé, ils ne devraient plus avoir besoin de nous pour continuer de l’emprunter et encore y prendre plaisir.

 

 

 

Par Carolina Cordova, Claire Jarreau, Aurélie Leprette, chargées de projets citoyenneté jeunesse

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