Mourad Hakmi : "Ces jeunes ont retenu que le monde est complexe"

11 Septembre

Mourad Hakmi est ethnologue. Il assure des cycles de formations pour les travailleurs sociaux et intervient en milieu scolaire. Dans le cadre du projet D’un 11 septembre à l’autre, il a travaillé sur les évènements de 2001 avec les élèves des trois classes impliquées. En savoir plus...

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Mourad Hakmi est ethnologue. Il assure des cycles de formations pour les travailleurs sociaux et intervient en milieu scolaire. Dans le cadre du projet D’un 11 septembre à l’autre, il a travaillé sur les évènements de 2001 avec les élèves des trois classes impliquées. Objectif : provoquer des interrogations sur les événements eux-mêmes et les discours qui s’y sont rattachés, avant de se lancer dans la partie plus artistique du projet. Rencontre avec un démineur. 

 

 

 

 

Pourquoi avez-vous travaillé sur le 11 septembre avec ces lycéens de Seine-Saint-Denis ?

Nous avons un partenariat de longue date avec l’association Citoyenneté Jeunesse, qui m’a demandé d’intervenir. La dimension politique de la vie sociale est fondamentale, et on a peu l’occasion d’appréhender cet angle-là avec des publics scolaires. Le 11 septembre focalise des représentations très fortes autour des théories du complot et du choc des civilisations. Or, lorsqu’on voit les conséquences qu’ont eu les évènements, il est fondamental de déconstruire les représentations qui y sont associées. 

 

Qu’est-ce qui vous a marqué dans la vision que les élèves avaient de cet évènement ?

La place que pouvaient avoir, pour certains, les théories du complot. Il y en a une en particulier, qui m’a frappé, c’est celle des Illuminati. Cette théorie était relativement répandue, au moins dans l’une des classes. Dans cette théorie, les Illuminati sont censés avoir une telle toute puissance que je me suis demandé si certains élèves ne m’associaient pas à ce mouvement ! Cela traduit le sentiment d’être manipulé, que des choses nous sont cachées.

 

Sur quels éléments avez-vous principalement travaillé avec eux ?

Il y a eu deux séances par classe. La première, consacrée aux définitions, à un retour sur l’évènement, ses causes et ses conséquences. On a tenté de définir les thermes : terroriste, islamiste, musulman etc. Ça a beaucoup marqué les élèves car ils n’ont pas l’habitude qu’on leur pose des questions autour de la religion à l’école. Dans certaines classes, notamment à Bondy, ils étaient très friands de savoir comment les choses s’étaient concrètement passées. Je venais avec des extraits de films et on pouvait échanger sur ces questions-là. Je leur ai demandé d’interroger quelqu’un de leur entourage qui avait au moins 15 ans au moment des évènements. L’idée était de s’interroger sur comment un évènement peut s’inscrire dans la mémoire collective et individuelle. La deuxième séance consistait à revenir sur cette théorie du complot et surtout sur la notion de choc des civilisations, l’occident contre l’islam ou les musulmans. Il fallait appréhender cette problématique du choc des civilisations et la déconstruire. 

 

Il y a des appréhensions distinctes entres les différentes classes. Pourquoi ?

Ça tient certainement aux différences culturelles du quartier, mais aussi et surtout à des dynamiques de classe. Dans un même établissement on peut avoir deux classes dont les dynamiques sont radicalement différentes. 

 

Qu’est-ce que ce travail leur a apporté selon vous ?

Ça a permis de poser les choses à plat. Lorsqu’ils sont allés travailler sur le texte de Michel Vinaver, les principales questions avaient été soulevées. Un travail de défrichage avait été amorcé, que les enseignants ont continué et c’est le fort investissement des équipes éducatives qui a fait la réussite du projet. Ce qui ressort, par exemple de la classe d’Aulnay, au travers de leurs écrits, c’est qu’ils ont retenu que le monde est complexe.

 

Propos recueillis par Nadia Sweeny

 

© Photo Pierre-Etienne Vilbert

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